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Le RING de 1876
Le RING de 1896
L'ère Winifred

Les Mises en scène
de Wolfgang Wagner

 

 Le "Nouveau Bayreuth"

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1919 - 2010

 Bayreuth, pour quoi faire?

A la mort de son frère, Wieland, en octobre 1966, Wolfgang se retrouva donc unique directeur du Festival de Bayreuth - lourde charge, qu'il assuma seul jusqu'en 1969, date à laquelle il fit appel au metteur en scène August Everding pour mettre en scène une nouvelle production du Hollandais Volant (décors Josef Svoboda); tandis que Peter Lehmann et Hans Hotter se chargeaient de perpétuer les mises en scène wielandiennes du Ring, de Tristan et de Parsifal.

  En 1970, Wolfgang proposa au public une nouvelle mise en scène du Ring (voir Wolfgang Wagner Metteur en scène), laquelle succède ainsi à celle que Wieland avait présenté pour la première fois en 1965. Faisant appel à un plateau circulaire articulé qui adopte différentes formes en fonction du moment, mais  qui demeure l'élément esssentiel du décor durant toute la Tétralogie, Wolfgang rétablit volumes et perpectives sur scène, tout en employant de manière soutenue lumières et des couleurs.

        L'ensemble est loin de manquer d'intérêt, offrant un compromis intelligent entre les conceptions scéniques d'avant-guerre et celles de Wieland. Pourtant, une partie de la presse ainsi que les thuriféraires de feu Wieland, ne voudront voir que médiocrité là où pourtant s'exprime une personnalité qui ne manque pas d'originalité et de finesse. Mais il sera dit, désormais, que Wolfgang Wagner n'a ni l'étoffe ni le génie de son frère. Jugement hâtif, définitif - et très injuste qui, quelque soit les qualités intrinsèques de ses productions, poursuivra sans cesse Wolfgang, jusqu'à aujourd'hui, tant et si bien qu'on peut légitement se demander dans quelle mesure cette sorte de mépris hautain avec lequel la presse le traîte volontiers n'a pas joué un rôle dans le choix des metteurs en scène qu'il a été amené à effectuer, dès 1972, en invitant Götz Friedrich à venir mettre en scène Tannhäuser à Bayreuth, puis, en 1976, le trio Chéreau / Boulez / Peduzzi, pour le Ring du Centenaire, Harry Kupfer, en 1978, pour Le Hollandais Volant, puis de nouveau Götz Friedrich pour le Parsifal du Centenaire, en 1982, et encore Harry Kupfer, pour Le Ring, cette fois, et jusqu'au dramaturge Heiner Müller, pour mettre en scène de manière parfaitement grotesque Tristan und Isolde....

   Il est vrai qu'il y a aussi eu le Ring de Peter Hall  et Georg Solti, ainsi que les très belles productions de Tristan und Isolde par Jean-Pierre Ponnelle (1981) et de Lohengrin par Werner Herzog; sans compter les excellentes mises en scène de Parsifal (1975) et des Maîtres Chanteurs de Nuremberg (1981), réalisées par Wolfgang lui-même.

   Mais en fin de compte, en jetant un regard sur ce qu'est devenu Bayreuth depuis, grosso-modo, le Ring du Centenaire, on ne peut se défaire d'une impression de clinquant superficiel, comme si le Festspielhaus, ayant totalement perdu sa fonction de lieu de représentations modèles des oeuvres de Richard Wagner, s'était transformé en un "atelier théâtral" ("Werkstatt" le mot, employé par le président de la République Fédérale, Walter Scheel, en 1976, fera fureur durant tout un temps, jusqu'à donner son titre à un livre, avant d'être contesté par Wolfgang Wagner, en 1998) où se déroulent chaque années des "essais", des "expériences", avec, à l'arrière-plan, la volonté imbécile de faire sans cesse du nouveau... Bref, il est arrivé au festival de Bayreuth ce qui pouvait lui arriver le pire : il est tombé dans le travers de la mode qui, chaque année, change et cherche par tous les moyens à faire sensation. Que nous sommes loin, de la sorte, des intentions initiales de Richard Wagner !

   Wolfgang Wagner a fait reconstruire Wahnfried dans son état d'origine; il a aussi été à l'origine de la création du Musée Wagner de Bayreuth; il a fait restaurer, plus récemment, le Festspielhaus de manière à lui redonner l'aspect qu'offrait le bâtiment en 1883, à la mort de Richard Wagner. Il a fait en sorte que l'avenir financier du festival soit assuré... Tout cela est bel et bon. L'enveloppe a retrouvé tout son éclat - mais pour quel contenu?

   Ce qu'on trouve aujourd'hui à Bayreuth, on le trouve en des dizaines d'autres endroits, dans le monde, où ont lieu les mêmes interprétations scéniques des oeuvres de Richard Wagner. En outre, la qualité de la direction orchestrale et des solistes n'y est pas meilleure qu'ailleurs, très souvent - et parfois même, elle y est moindre. Alors que reste-t-il? L'acoustique du Festspielhaus, sans aucun doute. Elle est fabuleuse. L'atmosphère? Probablement aussi, un peu... Le prestige que la patine du temps a déposé sur les lieux? Incontestablement. Bayreuth continue à jouir du prestige de son fondateur. Mais pour combien de temps encore? Combien de temps encore, avant qu'on ne s'évise que la belle coquille est vide?

   Le plus... criminel... dans toute cette affaire, c'est que sous le fallacieux prétexte de faire tenir aux œuvres de Richard Wagner un "discours actuel", on les vide d'un contenu autrement plus essentiel, qui s'adresse non pas à notre identité sociale ou à notre conscience politique, mais à ce qui en nous réclame le plus désespérément, à l'heure actuelle, une nourriture consistante : notre psyché. Or, ce qui nourrit la psyché, ce sont les métaphores, les images mythiques. Les rêves sont là pour en témoigner. Qu'au cinéma, des films qui offrent précisément des images mythiques - que ce soit Titanic ou Star War - soient aussi ceux qui recueillent aussi les succès les plus spectaculaires et suscitent le plus d'enthousiasme, ce fait devrait pourtant faire réfléchir Wolfgang Wagner. Car pourquoi donc ce qui est fait avec tant de succès au cinéma ne pourrait-il plus être réalisé, avec les œuvres de Richard Wagner, sur la scène du Festspielhaus? On se le demande... Et d'autant plus que le retour effectué par Sir Peter Hall à une mise en scène mythique du Ring fut - en dépit de ce qui fut dit dans la presse - un grand succès.

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